ISLANDE 2016-2019
     
ISLANDE 2016-2019
Loin des jardins - Far from gardens
Formats: 100x100 cm et 60x60 cm
TEXTE FR & English
« L’origine du monde » : on pourrait donner ce titre à l’ensemble des photos exposées ici. Roches éruptives, magma, glaciers, cours d’eau, laves, boues, jaillissements : là-bas sur une île, en Islande, Sophie Hatier a photographié la formation de la Terre.
À l’Ère de l’Anthropocène qui dérègle l’écosystème terrestre, voit la fonte des glaciers et la montée des eaux menaçant des villes comme Dhaka ou New-York, la disparition dans les flammes des forêts de Sibérie et d'Amazonie, l'artiste a voulu rendre la beauté première de notre planète ravagée par l’homme.
Dans une solitude radicale, seule jour et nuit au milieu des éléments, au prix de cette immersion totale, elle a saisi dans son objectif cette nature primitive en transformation depuis la nuit des temps.
On découvre avec stupeur la puissance tellurique de ces paysages, dont la force est rendue par un agencement de formes et de couleurs tirant vers l’abstraction.
Car Sophie Hatier, après avoir photographié des paysages à travers le monde, a rencontré l’Islande, rencontre décisive qui, dans son travail de photographe, la poussa à décrypter ce que le spectacle de la nature offre comme lignes et matières picturales quasi abstraites.
Roche noire tranchée par la blancheur du glacier qui s’étale comme un découpage à la Matisse, bande horizontale, bleu vif, d’un cours d’eau surplombé par la masse couleur d’encre de la montagne.
La matière, sensuelle, presque charnelle, est si présente que parfois on pourrait croire que l’artiste a peint au couteau, avec une huile épaisse, les paysages qui s’offraient à ses yeux. On songe alors aux toiles abstraites de Riopelle ou à la pâte de Fautrier. La confusion troublante entre photographie et peinture se donne aussi à voir lorsque vapeurs évanescentes et fumeroles enrobant les ravines semblent exécutées au pastel blanc.
Des visages, à la peau diaphane, laiteuse — visages intemporels — ponctuent harmonieusement et adoucissent la rudesse de ces paysages originels, devenant paysages eux-mêmes. A la nudité âpre de la montagne répond la nudité de la figure.
Danièle Rousselier
Réalisatrice, écrivaine et diplomate


“The Origin of the World” is the title we could give to all of the photos on display here. Igneous rock, magma, glaciers, waterways, lava, mudflows, geysers : on an island over there in Iceland, Sophie Hatier photographed the creation of the Earth.

In this Anthropocene Era that is disrupting the planet’s ecosystem as glaciers melt and rising waters threaten cities like Dhaka and New York and forests go up in flames in Siberia and the Amazon, the artist wanted to depict the primordial beauty of our planet ravaged by humanity.

In radical solitude, only day and night amid the elements, making the effort to achieve complete immersion, she captured with her lens this primal nature, ever changing from time immemorial.

We are astonished to discover the rocky power of these landscapes. Their strength derives from an almost abstract arrangement of shapes and colors.

Sophie Hatier, after photographing landscapes all over the world, journeyed to Iceland. It was a decisive encounter in her photography career and compelled her to decipher what nature’s spectacle offers in terms of quasi-abstract lines and pictorial subject matter.

Black rock sliced by the whiteness of the glacier spreading out like a Matisse carving with the horizontal bright blue band of a stream overhung by the mountain’s inky darkness.

Sensual, practically carnal, material is so evident that sometimes we might think the artist must have used a knife and thick oils to paint the landscapes she beheld with her own eyes. Then we think of Riopelle’s abstract canvasses or Fautrier’s paste. The unsettling intermingling of photography and painting can also be seen as the fleeting wisps of volcanic steam and smoke that drape the ravines seem to be rendered in white pastel.

Milky, diaphanous faces – timeless faces – harmoniously dot and soften the starkness of these original landscapes, becoming landscapes themselves. The figure’s nudity responds to the harsh nakedness of the mountain.

Danièle Rousselier
Filmmaker, writer, and diplomat

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